Des milliers d’euros qui s’évaporent chaque mois, des pensions versées à des noms qui n’existent plus. Derrière des chiffres impressionnants se cache une faille qui indigne familles et aidants : les retraites françaises continuent parfois d’être versées à des pensionnés décédés au Maghreb. Comment ce mécanisme perdure-t-il, malgré les alertes et les contrôles ?
Pensions envolées : derrière les chiffres, la stupeur
Chaque année, près de 5,9 milliards d’euros de pensions quittent la France ; plus d’un million de bénéficiaires, dont 40 % vivent en Afrique du Nord. Mais le scandale enfle : des retraités qui touchent leur pension… bien après leur disparition. En Algérie uniquement, il s’agirait de 40 à 80 millions d’euros par an versés à des défunts, selon la Cour des comptes. Ces révélations provoquent une onde de choc chez ceux qui s’acquittent chaque mois de cotisations.
Des familles prises en tenaille par le silence administratif

« C’est révoltant, confie Ahmed, aidant familial en France, mon père est décédé en Algérie et entre la mairie et la Caisse de retraite, tout le monde s’est renvoyé la balle. Deux ans après, la pension tombait encore… » Ce témoignage n’est pas isolé. Lors d’une campagne de 2023 à Alger, plus de 300 cas de pensions versées à des morts ont été détectés dans la seule tranche des 85 ans et plus. Sous couvert d’anonymat, une employée locale ajoute :
« Parfois, le certificat de vie est signé entre deux cafés. Il n’y a quasiment aucun contrôle. »
Une mécanique bien connue des fraudeurs… et des administrations
Le système repose sur un maillon faible : le certificat de vie. Un simple papier, signé par une autorité locale, suffit à garantir la poursuite des versements. Mais dans la réalité, des complicités alimentent ce dysfonctionnement. Faux certificats, fichiers non actualisés, décès non signalés : les failles sont multiples et bien documentées.
La difficulté à harmoniser les registres d’état civil et la réticence à automatiser les contrôles laissent la porte ouverte aux abus. Certains agents sur place admettent qu’il leur est déjà arrivé de voir plusieurs pensions s’accumuler sur un même compte. La CNAV a tenté de resserrer les mailles du filet : campagnes de convocation, application de reconnaissance biométrique (« Mon certificat de vie »)… mais le système peine à se réformer aussi vite que la fraude évolue.
Failles, responsabilités et manque de coordination
Là où la situation choque, c’est dans l’enchevêtrement des responsabilités. Entre la complexité des conventions bilatérales (notamment en cas de polygamie) et la fragilité du suivi administratif sur place, les contrôles s’enlisent. « Sur 100 dossiers suspectés, près d’un tiers sont suspendus après vérification », admet un haut cadre du secteur. Les consulats et la CNAV rejettent souvent la faute sur le maillon précédent, alimentant l’indignation des familles lésées par ce système défaillant.
Ce qui accroît le sentiment d’injustice ? Les pertes ne sont pas seulement financières pour la France : le dialogue social, la confiance dans la solidarité, tout se fissure quand l’argent public fuit ainsi. Les citoyens, cotisants ou aidants, réclament des garanties et des actes – pas seulement des promesses.
Entre avancées et zone d’ombre persistante
L’arrivée des contrôles biométriques et la multiplication des audits annoncent un changement. Pourtant, une question demeure : qui paiera l’addition des années de laxisme ? La défiance perdure, et les nouvelles méthodes technologiques doivent faire face à la réalité du terrain : inégalités d’accès, lenteur des échanges, faiblesses diplomatiques.
Restent, pour beaucoup, une amertume et un doute profond. Et si demain, la gestion des retraites à l’étranger était vraiment à la hauteur de l’effort consenti par des générations de familles ?
Quelles mesures jugez-vous indispensables pour restaurer la confiance dans la gestion de nos retraites ? Votre expérience a-t-elle été marquée par ce type de dysfonctionnement ? N’hésitez pas à partager et à ouvrir le débat autour de vous : peut-être vos proches sont-ils, eux aussi, concernés par ces failles invisibles mais si lourdes de conséquences.


