Chaque semaine, le téléphone sonne dans le bureau de Claire, responsable d’un service d’aide à domicile pour seniors dans le sud-ouest. Familles angoissées, proches épuisés, personnes âgées inquiètes d’être arrachées à leur vie d’avant… Derrière chaque appel, la même question revient : « Peut-on vraiment continuer à vivre chez soi, même quand l’âge et la santé nous fragilisent ? »
Interview Claire Dubois, responsable de service d’aide à domicile
Chapo : Depuis quinze ans, Claire accompagne des centaines de familles dans la transition grand âge, entre doute et espoir. Chaque situation est unique, mais toutes racontent ce virage majeur : le maintien à domicile s’impose comme le vœu quasi unanime de nos aînés, loin des clichés sur l’EHPAD. Elle partage ici son regard, entre expérience de terrain et confidences reçues.
Pourquoi observe-t-on aujourd’hui une telle préférence pour le maintien à domicile ?
Claire Dubois : « À chaque rencontre, la même envie s’exprime : rester entouré de ses souvenirs, dans le cocon d’une vie construite au fil des années. Plus de 90 % de nos bénéficiaires refusent d’envisager l’EHPAD trop tôt. Ce n’est plus un tabou, mais un besoin de préserver leur indépendance, leur histoire, leur dignité. Et c’est d’autant plus vrai depuis la pandémie : on mesure le prix de la liberté et du lien familial. »
Concrètement, qu’est-ce qui a changé ces dernières années pour permettre ce choix ?
La société bouge. On parle plus, on s’informe mieux, on ose demander de l’aide en amont. Les dispositifs publics se renforcent : financement des aménagements du logement, équipes mobiles, plateformes d’écoute… Aujourd’hui, 8 seniors sur 10 de plus de 75 ans vivent toujours chez eux. L’accompagnement à domicile est devenu pro, réactif, presque sur-mesure. Et puis il y a la dimension financière : beaucoup ne pourraient jamais se payer un EHPAD, même avec une bonne retraite.
Quels obstacles majeurs rencontre-t-on encore ?
L’inégalité territoriale reste forte : certaines régions manquent cruellement de professionnels formés. Et pour les proches aidants, la fatigue et l’isolement sont parfois écrasants. Beaucoup jonglent entre travail, vie personnelle et gestion d’un parent vulnérable. Notre rôle, c’est de les écouter, de bâtir des plans d’aide vraiment adaptés. L’essentiel, c’est de ne jamais laisser personne seul face à ces choix difficiles.
Quelles adaptations concrètes permettent de sécuriser ou faciliter la vie à domicile ?
On commence souvent par réaménager les pièces clés : douche sans seuil, barres de soutien, monte-escaliers. Les objets connectés capteurs de chutes, boutons d’appel n’étaient pas courant il y a dix ans, aujourd’hui ils rassurent tout le monde, y compris les familles à distance. Les aides auditives, la téléassistance ou l’éclairage automatique, tout compte. C’est parfois une succession de petits changements, mais leur impact est énorme sur l’autonomie.
Bon à savoir
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Quel rôle joue aujourd’hui la technologie dans le maintien à domicile ?
La technologie est devenue indispensable, mais elle ne remplace pas la chaleur humaine. Une montre connectée peut prévenir un malaise, un capteur évite parfois un drame, mais rien ne remplace le passage quotidien de l’auxiliaire de vie ou le coup de fil d’un voisin. L’idéal, c’est l’alliance du numérique et du relationnel : sécuriser sans isoler, accompagner sans infantiliser.
Et du côté des professionnels de l’accompagnement, comment évolue le secteur ?
Le métier se transforme en profondeur. Les attentes sont énormes, les postes à pourvoir aussi ! On forme de plus en plus d’auxiliaires de vie, qui allient compétences techniques et qualités humaines. Les associations et entreprises engagées dans l’ESS jouent un rôle moteur, avec des valeurs fortes : écoute, solidarité, respect de l’intimité. On voit naître de belles histoires, comme Pauline, 76 ans, que nous avons aidée à déménager dans un appartement adapté : « Je me suis sentie entourée, on a pris soin de chaque photo, chaque souvenir. Ce n’est pas juste un service, c’est un vrai accompagnement. »
« Vieillir à domicile, c’est rester actrice de sa propre vie, pas simple spectatrice » Claire Dubois
À quoi ressemblera selon vous le maintien à domicile demain ?
Demain, ce sera normal d’être accompagné, de solliciter une aide ponctuelle ou régulière sans avoir honte. Les intervenants à domicile seront mieux reconnus, formés et soutenus. Le numérique va tisser des réseaux plus réactifs, mais la clé restera toujours l’humain, l’écoute et l’adaptation à chaque cas. Je rêve que chaque aidant se sente soutenu et que chaque senior puisse dire « c’est chez moi, je décide ». La société change et nous avons tous un rôle à jouer !
Parmi vous, certains ont sûrement traversé ces questionnements, organisé le maintien à domicile d’un proche ou refusé l’EHPAD pour rester maître de leur vie. Quelles difficultés avez-vous rencontrées ? Et vous, si le choix se posait demain, préféreriez-vous rester chez vous ou franchir le pas de l’établissement ? Vos témoignages et vos partages peuvent aider d’autres familles à trouver leur voie.
Cette info vous a parlé ? Faites-la circuler autour de vous parfois, un conseil ou un retour d’expérience change tout. À chacun d’ouvrir le débat, chez soi ou avec ses proches…


