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Élevé dans les années 60-70 : ce que j’ai vraiment appris grâce à une éducation qu’on n’imagine plus aujourd’hui

Femme âgée marchant dans ville bretonne ancienne
Sommaire

Elle a grandi dans une petite ville de Bretagne, entre rangées d’écoliers en tablier, devoirs sans discussion et après-midis entiers passés dehors. Aujourd’hui, à près de 70 ans, Marie-Paule* porte sur son enfance un regard vif, lucide et parfois tendre. Comment l’éducation des années 60 et 70 a-t-elle forgé, pour le meilleur et le moins simple, la génération des grands-parents d’aujourd’hui ?

Interview : croiser souvenirs et leçons de vie

Écoliers et enseignant en classe années 60

Comment décririez-vous vos journées d’école à cette époque ?

« Le matin, on partait tôt, souvent à pied, cartable en main… pas question d’arriver en retard. L’ambiance était à la fois stricte et rassurante : nous étions alignés pour l’inspection, la dictée était redoutée. Mais il y avait ce respect presque automatique envers les enseignants. On ne discutait pas leurs consignes, c’était la règle. Ce n’était pas toujours simple, mais ce cadre m’a appris la rigueur sans dramatiser les petits échecs. »

Quelles phrases de vos parents vous ont le plus marquée ?

Je me souviens encore de : “Apprends de tes erreurs” et “Fais-le toi-même”. Il fallait se débrouiller, trouver comment réparer ce qui était cassé au lieu de demander tout de suite de l’aide. Chaque petite mission – aller à la boulangerie seule, préparer mon goûter – c’était une mini-aventure. Les encouragements n’étaient pas toujours verbalisés, on savait qu’on était attendu sur la capacité à rebondir, pas à se plaindre.

Était-ce une enfance solitaire ou, au contraire, très collective ?

Le collectif, c’était le socle. J’ai appris à partager, à négocier les règles dans la cour de récré, à m’intégrer dans le groupe. Les disputes étaient gérées entre nous : pas de médiation des adultes, à nous de régler sans bruit. Mais il fallait aussi rentrer dans le moule, parfois au détriment de ses envies… C’est cette tension entre autonomie et cadre qui fait, je pense, la solidité de notre génération.

Quel rôle jouait le respect dans votre éducation ?

On ne s’adressait pas n’importe comment aux professeurs, aux anciens, même à l’épicier du coin. Les aînés étaient écoutés, les repas de famille étaient l’occasion de les entendre raconter. C’était une sorte de transmission muette : leur expérience valait conseil. Bien sûr, aujourd’hui j’ai parfois l’impression que ce respect se traduit différemment – moins de hiérarchie, plus de dialogue – mais l’intention de construire un lien reste précieuse.

Et le rapport à l’argent ?

« On savait vite que rien n’était gratuit : un vélo neuf, c’était un cadeau rare, et il fallait économiser. Je me rappelle ma tirelire, bien cachée, et la fierté du premier achat payé avec ses propres économies. Ce goût de l’effort, je l’ai gardé longtemps. Offrir un objet, ce n’était pas juste parce qu’on en avait envie : il fallait attendre, et souvent aider à la maison pour l’obtenir. »

Aviez-vous le sentiment de manquer, ou au contraire de tout avoir ?

On trouvait le bonheur dans peu de choses : courir dehors sans surveillance, inventer des jeux, bricoler. Le manque n’était pas un drame, il responsabilisait. On valorisait ce qui était à portée, et l’imagination faisait le reste. Aujourd’hui, avec l’omniprésence des écrans, je me dis que la spontanéité s’est un peu perdue. Mais ce n’est pas une question de faute, juste une époque différente.

Que pensez-vous du rapport aux émotions ?

On nous disait souvent “Laisse couler” ou « les mots ne te feront jamais de mal ». C’était comme une protection, mais cela voulait aussi dire qu’on gardait beaucoup pour soi. Parfois, ne pas montrer ses faiblesses était une façon de tenir, mais cela empêche aussi d’apprendre à nommer ses peines. J’aurais aimé, plus jeune, pouvoir parler plus facilement de ce qui me pesait.

Quelles habitudes de vie vous ont le plus marquée ?

La discipline du sommeil, les journées réglées comme du papier à musique… On se couchait tôt, on se levait tôt. Mon père disait que “c’est comme ça qu’on grandit bien”. Et visiblement, la recherche médicale d’aujourd’hui confirme que ces routines n’étaient pas si naïves ! Ça m’a aidée à garder une énergie constante, même en vieillissant.

Comment transmettez-vous ces valeurs à vos enfants ou petits-enfants ?

Je ne cherche pas à tout reproduire, mais il me tient à cœur de donner le goût de l’effort, de valoriser les petits riens. J’essaie aussi de leur raconter, non pas pour regretter le passé, mais pour leur montrer qu’il existe d’autres façons de grandir solide. Je prends le temps de les écouter aussi, parce que je sais qu’exprimer ses émotions est désormais une force.

Une anecdote qui résume l’esprit de votre enfance ?

« J’ai failli casser le vase de ma mère, elle n’a pas crié mais m’a demandé comment j’allais réparer. Ce jour-là, j’ai compris ce que voulait dire être responsable, et j’en ai ri – longtemps après. »

Un dernier mot pour les générations actuelles et futures ?

Il n’y a pas de génération parfaite. Mais oser transmettre le courage, le goût de l’effort sans oublier aujourd’hui la tendresse et l’écoute, c’est un beau défi. Les époques changent, mais l’essentiel reste d’apprendre à se faire confiance.

Ce témoignage vous parle-t-il ? Comment l’éducation de “votre” époque a-t-elle marqué votre parcours ? N’hésitez pas à partager vos souvenirs ou poser vos questions ci-dessous : chaque histoire a sa place ici.

*Nom modifié pour préserver l’anonymat.

7 réponses

  1. Moi j’ai grandi dans les années 50/60 et effectivement nous devions travailler de notre mieux à l’école, à la maison on aidait nos parents vaisselle, ménage, jardin…cela nous a donné le goût de l’effort, on ne se plaignait pas et on ne se cherchait pas des maladies (anorexie, autisme, bipolarité.. etc) Quand on se mariait c’etait pour la vie, on ne revendiquait pas de s’épanouir individuellement! Apres tout n’etait pas parfait mais on s’en contentait…

  2. J,ai passé mon enfance à la ferme jusqu,en 1971,, mes parents avaient des vaches ,chevres ,porc ,et cheval ,aux vacances, avant l,ecole et après ,je donnais un coup de main aux travaux de la ferme
    Ma scolarité fut marquée par un grande rigueur,comme le mentionne la personne,même trop sévère, surtout en primaire, après apprentissage de pâtissier à 15 ans

  3. J ai grandi dans Les années 70 j ai un souvenir nostalgique du mois de juin des cerises de l arrivé de l été et des Vacances puis de la rentrée des classes c’est à ce moment de l année où nous avions des vêtements neufs je réalise à présent que ma mère économisait durant de longs mois puis j ai fais de même avec la fille

  4. 63 ans ,nostalgique de mon passé, le temps où le bonjour était familier, où le respect de l’autorité était de rigueur,le fait de sortir en soirée était sans gros risque,
    Je vois dans ce monde que haine , cupidité, jalousie…
    Élever ses enfants commence par ses quatre mots…bonjour, au revoir, s’il-vous-plaît et merci, voilà comment j’ai essayé de suivre l’éducation que j’ai eu avec ma mère pour mes enfants.
    Que mon monde était beau à l’époque.

    1. Ce que vous partagez, Robertino, montre à quel point ces “quatre mots” ont été – et restent ! – de vrais fondements pour vivre ensemble. On ne choisit pas toujours l’époque, mais la façon dont on sème le respect et la tendresse chez nos enfants, ça, c’est encore entre nos mains… et il en reste, des héritiers de ces beaux réflexes du bonjour et du merci !

  5. Moi j’ai grandi pendant les années 60. Mon père ne voulait pas que maman travaille. Après la naissance de ma petite soeur en 64, elle est devenue assistante maternelle. Mon frère et moi l’aidions à mettre la table, la débarrasser. Je me disputais avec mon frère, car à chaque fois il disparaissait aux toilettes😂😂. Sinon il fallait respecter les adultes, c’était le BABA. Cela m’a permis de faire face aux difficultés d’être une maman seule, tout en travaillant, du fait du travail de mon époux. J’ai été plus résiliente que nos jeunes d’aujourd’hui. Néanmoins, à part les réseaux sociaux qui ne permet plus le partage, les choses ont évolué du fait du travail des mamans et cela les soulage un peu. Par contre les enfants ont moins de contact entre eux, c’est dommage.’…

    1. Ah, la fameuse tactique de la disparition aux toilettes pile au moment de mettre la table… un classique fraternel intemporel ! Votre récit montre à quel point l’entraide et la débrouille de l’époque forgent une sacrée résilience. C’est vrai que les liens entre enfants étaient plus simples à tisser alors, mais je garde espoir : les valeurs de solidarité se réinventent, parfois là où on ne les attend pas (même sur internet, qui l’eût cru ?).

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