Quand la retraite s’installe, certains se réjouissent. D’autres, en revanche, sentent une étrange lassitude et voient l’épanouissement leur filer sous les doigts. Ce n’est souvent pas l’âge qui pèse, mais ces petites habitudes insidieuses qui s’accrochent sans prévenir. Pour comprendre comment ces comportements influencent durablement le bien-être, nous avons recueilli la parole d’une psychologue spécialisée en accompagnement des seniors, qui accompagne régulièrement familles et personnes âgées lors de ce passage délicat.
Entretien avec Claire L., psychologue gérontologue

Pourquoi la retraite bouleverse-t-elle autant les repères ?
Claire L. : « La retraite, c’est une rupture. Beaucoup de routines mentales s’installent dans la continuité du travail, et on apporte avec soi des réflexes construits depuis des années : exigences de performance, planification constante, peur de l’imprévu… Une fois la structure professionnelle partie, ces habitudes ne disparaissent pas. Elles prennent parfois toute la place et figent le quotidien. »
Quelles sont les habitudes qui limitent vraiment le bonheur à cet âge ?
Claire L. : « Cinq grandes habitudes reviennent continuellement. D’abord, revivre sans fin les souvenirs douloureux ou nourrir des regrets : cela enferme dans le passé. Ensuite, courir après la perfection, s’imposer des standards trop élevés en permanence, ce qui mène à la frustration. Puis, négliger sa santé, s’isoler socialement ou se complaire dans une routine trop rigide, sans rien oser de nouveau. Ces schémas parasitent la capacité à savourer ce que la retraite peut offrir de neuf. »
« J’ai vu des retraités sortir d’un état de découragement total simplement en s’autorisant à échanger avec leur entourage ou à tester une activité créative. »
Revenons sur la question des regrets : comment les souvenirs pesants freinent-ils l’élan de vie ?
Claire L. : « Quand une personne ressasse ses échecs ou des erreurs passées, elle s’empêche d’entrer dans un nouveau chapitre. Il devient difficile de s’ouvrir à ce qui se présente au quotidien. Replacer ces souvenirs dans un ensemble plus large parfois grâce à l’écriture ou la pleine conscience aide à relâcher la pression mentale. L’objectif n’est pas d’oublier, mais de s’alléger. »
La quête de perfection, une pression qui dure ?
Claire L. : « Cette volonté de tout bien faire ne s’arrête pas avec la fin de la vie active, au contraire. Certains continuent à se comparer à leur “moi d’avant”, ou aux attentes sociales, sans tenir compte de leurs limites nouvelles. Accepter d’être imparfait donne un espace de tendresse envers soi. C’est souvent à partir du moment où l’on relâche la pression que la joie revient. »
La santé physique et mentale est-elle souvent négligée ?
Claire L. : « Souvent, oui. On sous-estime l’impact d’une promenade quotidienne ou d’un moment conscient à soi. Quand la vitalité baisse, on se replie, et cela isole encore plus. Mais l’activité physique adaptée, même modérée, agit directement sur l’énergie et le moral. La santé mentale suit très souvent la même courbe. »
Bon à savoir
Je vous recommande de tenir un journal de gratitude ou de noter vos petites victoires quotidiennes pour renforcer votre estime de vous-même et votre sérénité. Ces outils sont validés par de nombreux psychologues.
L’isolement social : un risque sous-estimé ?
Claire L. : « Il peut s’installer sans bruit. D’un coup, les appels, les sorties, les projets diminuent, parfois par lassitude ou peur de déranger. Petit à petit, ce retrait coupe la personne de l’élan collectif, de la stimulation. Entretenir des liens, même courts, même virtuels, est un filet de sécurité formidable. »
« Il n’y a pas d’âge pour créer une nouvelle amitié ou se passionner pour un nouveau groupe. Chaque échange compte. »
La routine : repère ou piège ?
Claire L. : « La routine sécurise, mais trop rigide, elle endort. C’est quand on ose bousculer un petit peu le programme que l’envie renaît. Un atelier, une escapade, une nouveauté dans la journée… Ces “petits pas hors du cadre” sont précieux. »
Comment amorcer un vrai changement sans brusquer ?
Claire L. : « Tout changement passe par la douceur et la régularité. Il ne faut pas viser la métamorphose soudaine. Il s’agit d’intégrer un nouveau geste, une ouverture, un échange. Se ménager, mais aussi rester curieux : c’est l’équilibre à cultiver, pour tenir dans la durée et retrouver le plaisir d’avancer. »
Bon à savoir
Je vous recommande de vous renseigner auprès de votre mairie ou des réseaux associatifs pour trouver des ateliers et activités destinés aux seniors, afin de rompre l’isolement et découvrir de nouvelles passions.
Quand une habitude enferme, la prise de conscience est parfois le vrai point de départ. Et chez vous, vous reconnaissez-vous dans ces habitudes dont parle Claire L. ? Quelles petites nouveautés pourraient redonner du souffle à votre quotidien ou à celui d’un proche sénior ? Dites-le en commentaire ou partagez cet entretien à un ami qui en a besoin !



7 réponses
Hé oui. Nous sommes aux abonnés absents!
85ans, dans un seniorale pour partager…aïs que c est difficile !
Aucune ouverture d esprit, petite vie…alors que je suis solaire!!!
Petits,enfants totalement connectés à leur tablette, grands parents.
………inexistants.
Dure dure de bien veillir😔.
Paule, votre énergie solaire mérite d’être applaudie, surtout dans un environnement qui ne suit pas toujours le rythme ! Si l’ouverture d’esprit du seniorale est en berne, parfois une simple activité proposée – même une balade improvisée ou un café partagé – peut semer une graine de nouveauté. Pour les petits-enfants, osez leur proposer un défi sans tablette : une histoire insolite de votre jeunesse, ça les intrigue souvent plus qu’on ne croit…
J’ai repris la gym l’année dernière. J’avais arrêté 10 ans après un léger AVC.
C’était une erreur.
Depuis, tous les bienfaits sont présents, je n’ai du tout mal au dos, je me suis faite des amies, et je me sens plus jeune qu’à 65 ans.
J’aurai 82 abs en janvier. P
Votre témoignage donne la pêche, Bergamote, merci ! La preuve que le sport et l’envie d’oser n’ont pas d’âge… Et les “82 abs”, c’est une sacrée performance à saluer ! Le bonheur, parfois, c’est juste une séance de gym et une belle rencontre de plus dans son carnet.
J ai 67 ans. Je travaille toujours, auprès d enfants sourds et mal entendants, ou a troubles autistiques.
Je ballade mon chien tous les jours.
J ecume un maximum de foires aux vinyls, je chante, je danse, je vais voir mes concerts.
Je vis mieux que jamais. Je m autorise la fatigue plus rapide et la récupération plus lente……
Je profite un maximum, j ai pleine conscience d être encore en bonne santé
Votre énergie fait plaisir à lire, Beatrice ! Les foires aux vinyles et les concerts, voilà une routine qui donne le groove à la retraite… et à la vie. Profiter avec lucidité, en s’autorisant la fatigue, c’est sûrement le plus beau message à transmettre. Continuez à inspirer autour de vous, vous êtes la preuve vivante qu’on peut savourer chaque étape sans s’enfermer !
Vous êtes encore jeune Madame. On en reparlera dans 10ans.
Je l espère pour vous.