Un souffle glacé traverse le quai du plan d’eau d’Arc-sur-Tille. Jean Gueury, 88 ans, zippe sa combinaison, le regard rivé sur les vaguelettes. Sur la rive, sa femme ajuste les lunettes de soleil, inquiète mais fière. À cet âge, qui aurait imaginé que chaque lever du jour serait synonyme de défi, d’élan et de plaisir ? Les stéréotypes volent en éclats lorsque la vieillesse devient le dernier terrain d’aventure.
Jean Gueury, 88 ans, la passion chevillée au corps

Jean n’a jamais vraiment voulu arrêter. Chaque matin, il retrouve ses marques au bord du stade nautique, prêt à goûter une nouvelle montée d’adrénaline. C’est sa femme qui observe depuis la berge, veillant sur ses gestes, un rituel rassurant. “Avant, je participais à sept compétitions par an, aujourd’hui ce sont quatre. Je récupère moins vite, mais j’ai toujours ce feu en moi.” Jean repousse les limites, à sa façon.
Le ski nautique, c’est mon allié de santé. Je ne ressens aucune douleur, jamais. Même le médecin l’admet : le mouvement est mon essence.
Le plus ancien compétiteur en France continue, même si les autres ont souvent dix ans de moins que lui. Sa routine, loin d’être banale, inspire la jeunesse du club autant que la génération de ses pairs.
Carlos Soria, 83 ans, ou l’art de gravir plus haut que la peur
À 51 ans, Carlos pose le doigt sur la carte des sommets du monde. Son objectif ? Grimper les quatorze géants de plus de 8000 mètres. Il en reste deux. Face à la difficulté, il ne compte plus les nuits glacées sur les versants abrupts. “Chaque pas est un chemin, chaque sommet une découverte. J’avance, qu’il s’agisse du corps ou de la tête. Ce projet a transformé ma vision de la vie.”
Respecté et écouté par les plus jeunes, il transmet la passion de l’effort et la patience que seul l’âge peut forger. Pour Carlos, vieillir n’est pas ralentir, c’est redéfinir le sens de chaque sommet à atteindre.
Rut Larsson, 103 ans, suspendue entre terre et ciel

À Motala, l’avion bourdonne. Les amis attendent sur la piste, les yeux brillants d’impatience. Rut s’installe doucement, ajustée au harnais par deux mains expertes. “Je pensais à ce saut depuis longtemps. Il me fallait ce moment. Le vol était doux, le retour sur terre aussi mon déambulateur m’a attendu sagement.”
L’émotion submerge la famille lorsque Rut, record battu, rit aux éclats devant le gâteau posé sur la table. Ce saut n’est pas une folie : c’est un acte de liberté. “Une Américaine l’avait fait avant moi. Il fallait que je tente ma chance, à ma façon.”
Julia Hawkins, “l’Ouragan” de 105 ans
Le bruit du starter, le souffle court et le regard fier : Julia se lance sur la piste sans penser à l’âge. Centenaire, elle découvre la course à pied après avoir expérimenté le cyclisme à 80 ans. “Je voulais finir mon 100 mètres sous la minute. Cela viendra peut-être. Mais l’important, c’est de le faire, encore.”
Quand je cours, j’inspire les autres. Beaucoup me disent qu’ils veulent être comme moi quand ils seront grands. Tant mieux si mes foulées ouvrent des perspectives.
Son optimisme marqué, ses souvenirs d’une longue vie de famille et sa modestie font de chaque course un moment partagé. Des centaines d’admirateurs suivent ses compétitions, certains aussi âgés qu’elle, tous inspirés.
George Jedenoff, 105 ans et soixante années de descentes
Découvrir le ski à 43 ans, ne manquer aucune saison depuis, c’est l’autre exploit de George. Chaque matin débute par une séance d’exercices, puis la neige, toujours fidèle. “Ne cédez pas aux regrets ou à l’inquiétude, concentrez-vous sur vos bénédictions. La vie est précieuse et chaque descente l’est autant.”
Son histoire circule de bouche en bouche dans les stations : à 105 ans, il ne ralentit pas, il ajuste son rythme. Chaque saison est une nouvelle aventure. Pour George, c’est l’occasion de rappeler que la passion n’a pas de date limite.
Mark Braly, 86 ans, l’importance de l’équipe
Mark plonge pour la première fois dans une piscine de water polo à 76 ans. Aujourd’hui, il inspire tout le club. “On me traite comme un exemple, parfois comme une mascotte, mais toujours avec respect. Et c’est ce respect qui me donne envie de continuer.”
Le water polo n’a jamais été pour lui une question de performance. C’est l’appartenance au groupe, la chaleur de l’équipe, la camaraderie qui comptent. “Je suis le moins fort, mais sûrement le plus heureux de l’équipe.”
Fauja Singh, la résilience par la distance
Fauja Singh découvre la course à pied après 80 ans. À 90 ans, il avale ses premiers kilomètres de marathon pour survivre à la perte de son épouse et de son fils. Ce sont ses lacets serrés, sa discipline stricte et sa spiritualité végétarienne qui le portent désormais.
Premier centenaire à finir un marathon, il continue à promouvoir le mouvement et à marcher chaque semaine, même à 109 ans. Les épreuves l’ont forgé, sa persévérance l’a transformé en modèle vivant pour ceux qui doutent de tout recommencer un jour.
Le mouvement, une clé pour l’autonomie
Maintenir une activité physique régulière après 65 ans protège l’autonomie, réduit les chutes et stimule le moral. Ce n’est pas la performance qui compte, mais la régularité. Oser bouger, même avec un rythme léger, c’est miser sur un bien-être durable.
Rêver, oser, recommencer… peu importe l’âge
Derrière chaque performance, il y a une envie, un rêve, un tournant personnel. Le temps n’est qu’un horizon. Ces trajectoires inspirent autant ceux qui avancent avec leur proche vieilli que ceux qui affrontent eux-mêmes les défis du quotidien. Avant tout, le mouvement est une promesse : rester vivant, recommencer malgré les fragilités et partager ses envies.
Avez-vous croisé, dans votre entourage, des “champions” du troisième âge ? Quels rêves vous tentent encore ? Vous connaissez des seniors prêts à repousser les limites ? Partagez leur histoire, ou la vôtre, pour inspirer ceux qui hésitent encore à se lancer.
Cette chronique vous a touché ? Faites-la circuler autour de vous – elle pourrait donner envie à quelqu’un de reprendre la marche, de chausser ses skis ou de tenter l’inattendu. Certains rendez-vous improbables restent à inventer… et pourquoi pas par vous ou vos proches ?


