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À Valence, elle fête ses 100 ans et raconte la faim, la peur et l’entraide pendant la guerre

Femme âgée Valence entourée photos objets souvenirs
Sommaire

Elle baigne dans les souvenirs comme d’autres dans la lumière du Rhône : en 2026, Marie-Claire* soufflera ses 100 bougies à Valence, sa ville natale. Issue d’une génération qui a traversé deux guerres, elle partage sans détour ce que rester debout veut dire, comment elle perçoit aujourd’hui la jeunesse, les solidarités perdues et ce qu’il lui reste d’espérance.

Interview

Rue Valence 1930 boulangerie marché scène quotidienne
Image d’illustration

Vous souvenez-vous de votre enfance à Valence ?

Bien sûr. C’était doux, simple… Les maisons s’ouvraient facilement, les commerçants nous appelaient par notre petit nom. Je revois les Galeries et le Café de Valence, tous ces endroits qui rêvaient tout petits, et les rires qui faisaient oublier ce qu’on avait perdu. On n’avait pas grand-chose, mais on n’était jamais seuls.

Qu’est-ce qui vous a le plus marquée dans la vie d’avant-guerre ?

Les liens, sans hésitation. Le Rhône était sauvage, la ville vivait autour de lui… Mais surtout, tout le monde faisait corps : s’il fallait un manteau, une soupe, une main tendue, on savait à qui demander. J’aimerais tant que les jeunes connaissent cette chaleur-là.

La guerre a-t-elle bouleversé cet équilibre ?

À jamais. J’étais une enfant d’après 14-18, j’entendais déjà des mots d’horreur à la maison. Puis, tout a changé : files d’attente pour du pain dur, peur des dénonciations, pères et fils qui ne revenaient pas. Voir le drapeau nazi sur la préfecture, c’était perdre toute innocence. Et la faim… elle tombait sur le ventre comme une pierre froide.

Comment garder la force, au cœur de l’Occupation ?

On s’habitue à avoir peur, à dormir sur l’angoisse, mais on trouve des poches de lumière. Les camps scouts nous redonnaient gôut à la vie : quelques chansons, une marche, et soudain l’ombre reculait un peu. On apprenait la débrouille, mais surtout la solidarité la plus simple. Et puis il y avait des héros anonymes, nos voisins, parfois l’instituteur, la couturière… Ils ont sauvé des vies, souvent sans rien dire.

“Quelqu’un qui avait un morceau de pain en donnait toujours une moitié à celui qui avait faim.”

Vous souvenez-vous du jour de la Libération ?

La veille, on écoutait Radio Londres, les messages codés résonnaient jusque dans les caves. Quand on a compris, c’était comme un souffle : des larmes, des bougies, peu de mots, mais le cœur qui bat la chamade. Vivre le retour de la liberté, réunir la famille autour d’un repas simple, ça donnait le sentiment que même brisé, on peut se reconstruire.

Que retenez-vous de cette génération, et que voudriez-vous transmettre aujourd’hui ?

La fraternité. Ceux qui partageaient un bout de pain, qui cachaient un enfant, qui consolaient la voisine. Être fier n’a jamais nourri qui que ce soit, mais donner sans attendre en retour, c’est ce qui m’a permis de vieillir debout. Je voudrais dire aux jeunes : n’oubliez pas l’humain, regardez autour de vous avant de juger ou de passer votre chemin.

Vous paraît-il que la société actuelle a perdu ces valeurs ?

Parfois, oui. Je ne comprends pas toujours le monde d’aujourd’hui, surtout la violence ou cette solitude où chacun reste dans son coin. La télé me fait mal quand j’y vois ces enfants qui fuient les guerres, qui ont faim ou pleurent dans l’indifférence… J’aimerais leur éviter ce que nous avons traversé. Je vous assure, rien ne remplace l’attention portée à l’autre.

On sent de la mélancolie mais aussi de l’espoir dans votre regard…

L’espoir, il vit dans les histoires partagées et dans la mémoire. Si l’on écoute ce que les anciens ont appris, on évite peut-être de retomber dans les mêmes pièges. Ma génération s’est battue pour construire un monde meilleur : il suffit parfois de tendre l’oreille pour éviter les douleurs de demain.

Avez-vous un message à adresser à ceux qui accompagnent les plus âgés aujourd’hui ?

Ne détournez jamais les yeux. Chacun peut, à sa manière, être ce voisin ou cet instituteur d’hier : il suffit d’un mot attentionné, d’une main sur l’épaule, d’un sourire. Nostalgique ? Sans doute. Mais tant que des liens existent, l’avenir est possible.

Ce témoignage fait résonner les peurs, la faim, la fraternité d’une époque qui vacille dans l’oubli, mais garde une force intacte dès qu’on l’écoute. Et vous : ces paroles ravivent-elles des histoires dans votre propre famille ? Ou vous inspirent-elles à prendre le temps de tendre la main à un voisin qui vieillit ? N’hésitez pas à partager ce témoignage autour de vous, il pourrait réchauffer plus d’un foyer. Qui aimeriez-vous entendre raconter son siècle ?

*Les personnes interrogées ont souhaité conserver l’anonymat.

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