Sur la table, une enveloppe marquée « Relance » vient d’être ouverte. Mathilde*, 53 ans, s’est figée devant la somme : 417 euros à payer en dix jours. Dans son pavillon de Niort, ce matin de mars, l’idée même de prendre des vacances s’est envolée pour elle… et sa mère âgée dont elle s’occupe chaque jour.
Le choc du quotidien qui bascule

Mathilde n’a rien d’un cas isolé. Aide-soignante à mi-temps depuis la maladie de sa mère, elle a vu leur budget fondre en trois ans : légumes choisis au centime près, chauffage limité à 18°C, médicaments repoussés faute d’avance… « On ne vit plus, on calcule », glisse-t-elle. Le soir, elle rature la liste de courses, retire des petits plaisirs – une brioche, le fromage préféré de sa mère – pour éviter d’impacter l’enveloppe du mois.
Les yaourts aux fruits sont devenus un luxe. L’hiver, les douches chaudes sont comptées. Tout le monde s’habitue, même si personne n’oublie.
Comprendre : quand tout a basculé
Avant la crise, Mathilde n’imaginait pas devoir s’inquiéter pour chaque facture. Mais entre les prix grimpants à la caisse, l’énergie dont la baisse annoncée ne se traduit jamais sur ses relevés, le transport qu’elle limite pour économiser, et une aide CAF supprimée sur simple erreur de déclaration, la dégringolade a été nette.
En 2023, elle pouvait mettre de côté un peu chaque mois. En 2025, elle doit parfois emprunter à sa sœur pour finir le trimestre. Le montant de « trop-perçu » s’accumule, bientôt 1 200 euros qu’on exige en retour… sans égard pour sa situation réelle.
Des géants qui engrangent, des familles qui s’épuisent
À la radio, Mathilde tombe sur l’annonce des profits records du CAC 40 : TotalEnergies qui dépasse les 18 milliards, des grandes enseignes du luxe célébrées pour leurs résultats. Autour d’elle, ses proches oscillent entre colère et résignation : pourquoi l’alimentation de base grimpe de 2 % alors que les marges explosent sur les marchés internationaux ?
Son électricité reste à prix fort, même si les baisses sont affichées ailleurs. Devant ses yeux se joue une comédie cruelle : ceux qui se privent s’enfoncent, ceux qui encaissent n’ont aucune idée de ce poids quotidien.
Les répercussions derrière les chiffres
Chez Mathilde, le stress se glisse dans chaque interstice de la journée. Elle recalcule son budget la nuit, oscille entre honte et révolte lors des rendez-vous bancaires, essaie de sourire pour ne pas inquiéter sa mère. La santé de celle-ci se dégrade : impossible d’acheter certains produits moins bon marché, les démarches pour les aides sont un labyrinthe.
Tout le monde parle de solidarité, mais sur le terrain, elle se sent seule, cernée par la lassitude et les procédures qui balaient la dignité.
« Les petites économies, c’est de la survie, pas du choix. Et pendant ce temps, d’autres s’offrent de nouveaux records. C’est ça, l’équité ? »
Lueur solidaire face à l’absurdité

Pour sortir la tête de l’eau, Mathilde s’appuie parfois sur le CCAS, découvre des alternatives solidaires comme les paniers partagés avec les producteurs du coin. Elle rêve d’un système où les entreprises réinjecteraient dans la vie réelle une part des profits indécents : tarifs ajustés, soutiens directs, coopération entre l’État et les réseaux ESS.
Quelques associations locales, voire des initiatives privées, proposent d’accompagner, de simplifier les démarches, d’alléger le quotidien. Mais la route reste longue pour sentir l’accès à l’équité… et non la lutte pour la survie.
Pour Mathilde, chaque billet de vingt euros compte aujourd’hui double : pour manger, pour rassurer sa mère, pour ne pas crouler sous les relances. Mais elle n’est pas seule à serrer les dents en voyant les profits s’envoler ailleurs.
Et vous, cette histoire vous parle-t-elle ? Quel est, selon vous, le vrai prix de la dignité au quotidien ? Partagez vos expériences, vos solidarités, vos solutions… Peut-être que l’équité, elle, commencera là où l’on ose en parler.
*Les personnes interrogées ont souhaité conserver l’anonymat.



8 réponses
Suite a une séparation, maman de deux enfants en garde alternée, je suis redevenu locataire dans un logement de 70 m2 et je viens de recevoir ma première facture de deux moi sachant que dans le logement fesait a peine 20° on me preleve 560€ , une honte je cumul deux travaille et j arrive pas a m’en sortir
Quelle galère, franchement… On fait tout bien, et la facture s’emballe ! Tu n’es pas seule dans cette course folle. Je te conseille de contacter le CCAS ou regarder les dispositifs d’aide énergie (parfois, il suffit d’un dossier bien ficelé pour alléger la note). Et si besoin, un tour dans les groupes d’entraide locale peut faire la différence pour ne pas porter tout ça toute seule.
Vous êtes pas la seule , toutes les prix ça augmente, la solution de demander un échéancier et vous payez petit à petit, ou sinon vous demandez un dossier FSL et ça dépend si vous rentrez dans les critères..
Normalement le FSL ce n’est pas chaque année, normalement chaque 6 mois. Car les ressources des personnes sont très très bas, et la vie est chère. Bon courage à vous
Vous avez totalement raison Mimi, l’échéancier et le dossier FSL sont des bouées quand on se sent submergé. Petite précision : le FSL dépend du département, parfois il est mobilisable plus souvent selon les situations. Et franchement, vu comment la vie grimpe, il faudrait presque un “FSL express” d’urgence… Si besoin je peux aiguiller vers des ressources pour constituer un dossier sans se perdre dans les papiers.
er pendant ce temps, certaines et certains sont logés, nourris, entretenu, soignés, bof
Je comprends ce que vous voulez dire : le fameux “on croit que c’est facile pour certains”, mais, sur le terrain, même accompagnés, beaucoup ne font que survivre, pas profiter. Les dispositifs aident à ne pas couler, mais l’équité, ce n’est clairement pas gagné… S’il suffisait de dire “bof” pour arranger les choses, on aurait déjà résolu la moitié des embrouilles !
OUI les riches se battent pour savoir qui sera le premier en tete de liste pendant que les autres se battent pour ” survivre ” alors que c est grace a ces travailleurs qu il y sont arrives
Mais tant que les gens ne seront pas unis, ainsi ira la vie
Vous dites vrai, Liliane : sans union, on laisse le système jouer sa partition en boucle. Reste à savoir comment transformer la colère en actions collectives—groupes d’entraide, assos locales, ou même une pétition qui remonte… Et pour les « premiers de la liste », un petit rappel : sans les travailleurs, la pyramide s’écroule vite !