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Ils m’ont dit « profite de ta retraite »… mais je me suis senti invisible et perdu : point de vue d’une psychologue sur la perte de repères après la vie active

Silhouette devant porte de bureau, transition retraite
Sommaire

Le jour où les affaires professionnelles se ferment derrière soi, peu se doutent du vertige qui peut suivre. Pour beaucoup, le repos de la retraite rime avec doutes et solitude plus qu’avec liberté. J’ai interrogé une psychologue spécialiste de l’accompagnement des seniors et des aidants familiaux. Elle dévoile sans détour les dessous psychologiques de cette étape, les vrais défis et des solutions pour rebondir. Rencontre.

Entretien avec une psychologue spécialisée dans l’accompagnement du passage à la retraite

Pourquoi la retraite est-elle plus difficile à vivre que ce qu’on imagine ?

Le passage à la retraite marque pour beaucoup un changement bien plus profond qu’on ne le croit. Toute une partie de l’identité, façonnée pendant des années de vie active, s’efface soudainement. Beaucoup de retraités partagent un sentiment de vide, une impression de ne plus exister aux yeux des autres, comme si leur utilité avait pris fin avec leur profession.

« J’entends souvent mes patients me dire : “Je ne sais plus qui je suis maintenant que je ne travaille plus.” Ce n’est pas juste une question d’emploi du temps, c’est toute une place sociale qui disparait. »

À quoi ressemble concrètement cette perte de repères au quotidien ?

Ce choc se traduit par une série de petits bouleversements. Du jour au lendemain, les routines s’estompent, les échanges sociaux deviennent plus rares. Certains peinent à structurer leurs journées, se sentent isolés, se dévalorisent ou ne trouvent plus de sens à ce qu’ils font.

Bon à savoir : Même ceux qui semblaient attendre la retraite avec impatience découvrent parfois une forme de désorientation ou d’ennui, alors qu’ils croyaient y trouver la liberté.

Quels sont les risques pour la santé psychique et sociale ?

La première alerte, c’est l’isolement. Mais viennent aussi l’anxiété, la baisse de l’estime de soi, voire la dépression. Des études récentes montrent que près d’un tiers des jeunes retraités vivent une véritable détresse dès les premiers mois. Si rien n’est fait, il devient plus difficile de renouer avec un quotidien qui a du sens.

Quelles stratégies conseillez-vous pour garder ou retrouver une identité forte après la vie active ?

Ne pas attendre les premiers signes de mal-être. Il faut préparer cette transition en tissant des liens en dehors de la sphère professionnelle, en rejoignant par exemple des associations ou des clubs. S’investir dans des activités collectives, découvrir de nouvelles passions ou développer de nouveaux savoir-faire aide à reconstruire une image de soi et redonne de la valeur aux journées.

Bon à savoir : Multiplier les cercles sociaux (loisirs, bénévolat, sport) peut offrir une vraie continuité identitaire et prévenir l’isolement.

Le rôle des proches est-il si important qu’on le dit ?

Les proches et la famille sont essentiels. Leur présence, leurs mots, mais surtout leur écoute active permettent au nouveau retraité de se sentir entendu et soutenu, à défaut de « sauvé ». Il s’agit souvent simplement d’être là, de proposer des moments partagés ou d’ouvrir le dialogue sur ce qui a changé. Et, très concrètement, de reconnaître les signes de souffrance ou d’isolement avant qu’ils ne s’installent.

Quand suggérer un accompagnement professionnel ?

Si la tristesse, le retrait ou le manque de motivation persistent et font obstacle à une vie sociale et relationnelle, un accompagnement devient précieux. Consulter un psychologue spécialisé permet d’explorer ce qui a été perdu et de retrouver ce qui, en soi, a encore du sens. Il existe des approches efficaces, par exemple la thérapie comportementale, mais aussi des ateliers collectifs, très bénéfiques pour le moral et le lien social.

En pratique, que faire pour traverser la crise du départ à la retraite ?

  • Prendre le temps de préparer sa retraite humainement, pas seulement financièrement.
  • Entretenir ses liens en dehors du cadre professionnel longtemps avant le départ.
  • S’autoriser à essayer de nouvelles activités collectives ou créatives sans craindre le regard des autres.
  • Parler ouvertement de ce que l’on ressent avec sa famille ou des groupes de pairs.
  • Ne pas hésiter à consulter ou à rejoindre des ateliers collectifs si le besoin se fait sentir.

Des exemples concrets qui redonnent espoir

Retraités peinture jardinage animation enfants
Image d’illustration

Jacques, ingénieur récemment retraité, avait perdu le goût du quotidien jusqu’à ce qu’une association locale lui propose d’encadrer des ateliers enfants : « Transmettre mon expérience a changé mon regard sur moi-même. »

Martine, ex-vendeuse, s’est tournée vers la peinture après des mois de doutes. « La création m’a aidée à renouer avec mes émotions, et à prouver que ma valeur ne s’était pas envolée avec mon travail. »

Gérard, ancien entrepreneur, a choisi les jardins partagés. Le contact avec la terre et le collectif lui a offert une nouvelle forme d’utilité et de convivialité. Comme lui, beaucoup retrouvent élan et fierté, à condition de s’accorder ce droit à un nouveau départ.

Tous les parcours sont différents, mais chacun montre qu’il est possible de réinventer sa place, même lorsque tout semblait perdu. Et vous, avez-vous déjà accompagné un proche ou vécu vous-même ce vertige après la vie active ? Votre expérience peut aider celles et ceux qui doutent… Partagez-la ou envoyez-la à qui pourrait en avoir besoin. Qui sait ce que la prochaine passion ou rencontre peut réveiller ?

*Les personnes interrogées ont souhaité conserver l’anonymat.

12 réponses

  1. Bonjour je ne suis pas encore à la retraite mais le contrat n’a pas été renouveler et je suis sans activité et depuis un mois je galère. Je suis épuisée moralement et rien ne m’intéresse. Je me réveille tôt le matin et me sens unitile ensuite.

    1. Nicole, ce que vous vivez est plus fréquent qu’on ne le croit : la perte d’activité chamboule, même avant la align=”justify” retraite officielle. Se lever tôt, c’est déjà garder un fil, alors pourquoi ne pas commencer par une petite action qui vous plaît (ou du moins vous apaise), même très simple, juste pour vous ? Et souvenez-vous : l’utilité ne disparaît pas avec un contrat, parfois elle attend d’être retrouvée… ailleurs !

  2. Aujourd’hui ,la retraite est vendue comme un produit de consommation .Avant d’y parvenir,il faut passer par toute une série de démarches fastidieuses qui vous demande de légitimer des années d’activité salariale avec des demandes incessantes qui déja vous déshumanisent .Ensuite vous vivez avec le syndrome de l’imposteur ,C’est une culpabilisation rampante comme lorsque vous êtes malade ou au chomage .La france est devenue le pays de la maltraitance généralisée .Vous êtes vieux et improductifs .Les retraités sont malmenés mais que dire des étudiants., des enfants ,des femmes…..C’est pitoyable.

    1. Ce que vous décrivez, Ricout, c’est effectivement le malaise d’un système qui oublie la personne derrière les démarches. J’ai tendance à croire qu’on n’est pas juste bons pour remplir la page sudoku du journal ! Même si la société piétine parfois nos repères, il reste possible – petit à petit – de retrouver sa dignité et son utilité en s’appuyant sur le collectif ou l’entraide locale. C’est modeste, mais ça permet de ne pas se laisser entièrement voler sa place.

  3. Arrivée à la retraite je m étais laissé 6 mois pour me poser, prendre le temps et voir ce à quoi j aspirais. Cela fait 3 ans maintenant et j en suis toujours au même point sans que cela me dérange. J’ avais un travail avec des responsabilités mais j ai attendu ma retraite avec impatience. De nature solitaire, j apprécie désormais tout ce temps libre que j arrive à meubler le plus souvent. On me prend sans doute pour une sauvage mais l essentiel n est pas de rentrer à tout prix dans des cases mais de trouver un équilibre. Peut-être qu un jour j aurai envie d aller vers les autres mais je verrai à ce moment là. Le plus important c’est la santé autant mentale que physique et de trouver sa place.

    1. Sophie, votre façon de vivre la retraite prouve qu’il n’y a pas de modèle unique : savourer son temps libre et apprécier la solitude, c’est aussi un signe d’équilibre ! La « case sauvage » n’est pas un lieu de perdition, mais peut-être un espace de ressourcement… L’essentiel, c’est effectivement la santé et ce sentiment d’être à la bonne place, même si elle est en dehors des sentiers battus.

  4. La retraite a été pour moi une délivrance tant j étais fatiguée intellectuellement et même si j’ ai aimé mon métier. Je me suis laissé 6 mois pour souffler, me poser, me laisser le temps de voir ce à quoi j aspirais vraiment. Ça fait maintenant 3 ans et j’en suis toujours au même point sans que cela me dérange. Bien qu étant sociable naturellement, je suis plutôt solitaire. Je meuble mon temps avec des activités que je peux pratiquer seule. Je dois passer pour une vraie sauvage surtout dans ma campagne, mais je me sens en adéquation avec moi-même. Peut-être qu un jour je ressentirai le besoin d’ aller davantage vers les autres, j aviserai à ce moment là. L essentiel est de se sentir bien, la santé physique et mentale étant primordiale et de trouver sa place. La vie est faite d étapes, il y a un temps pour tout et il faut s adapter.

    1. J’aime beaucoup votre philosophie, Sophie : votre « sauvagerie » me semble être une précieuse liberté avec vue sur la campagne ! Vous montrez qu’il n’existe pas de mode d’emploi universel pour la retraite, et que l’essentiel reste d’être en accord avec soi, sans pression sociale. Chacun sa place, son rythme, avec un soupçon d’audace pour s’écouter vraiment…

  5. Je conseil de lire le texte du psychanalyste Charles Melman.
    Soit ‘éloge de l inconfort !

    1. L’éloge de l’inconfort, ça me parle ! C’est vrai que la retraite, c’est tout sauf un long fleuve tranquille : parfois, il faut accepter de se sentir perdu pour mieux se retrouver. Comme le dit l’article, ce vertige est souvent le début d’un nouveau chapitre, même si on aimerait parfois que le chapitre soit moins… inconfortable !

  6. Bonjour, je suis à la retraite depuis un peu plus de quatre ans, j’étais entrepreneur et faisait plus de 70 heures par semaine, pour moi, cela s’est fait avec facilité, car je m’étais préparé, je m’étais mis au golf, un sport qui m’a tout de suite plu pour sa conviviabilite, et le relationnel qui fait que l’on garde une vie sociale et épanouie, et en dehors, j’ai une passion pour la lecture, plus un peu d’entretien dans le jardin, je ne vois pas les mois passer, en conclusion, je pense que c’est préférable pour beaucoup de se préparer

    1. André, votre exemple est inspirant : vous avez préparé le terrain et transformé la « chute » en décollage grâce au golf, à vos passions et à votre fameux jardin ! Votre expérience valide complètement le message de l’article sur l’importance d’anticiper et de s’ouvrir à l’inconnu. Finalement, la retraite, c’est un peu comme un parcours de golf : à chaque trou, un nouveau défi… et parfois de belles surprises !

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