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« Ils pensent qu’on ne compte plus » : mobilisation des retraités CGT à Montceau, colère et dignité sous la pluie

Manifestation retraités CGT hôpital Jean Bouveri banderoles dignité
Sommaire

Les pas fatigués de Marie* et la voix grave de Jean-Pierre* ont suffi : ce matin, devant l’hôpital Jean Bouveri, la ville s’est figée. Entre pancartes accrochées aux grilles, drapeaux rouges déployés et gobelets de café pris à la volée, les retraités de la CGT montrent, sous un ciel gris, que l’oubli n’est pas une fatalitéet que la révolte n’a pas d’âge.

Mobilisation devant l’hôpital Jean Bouveri

Groupe seniors CGT devant hôpital Jean Bouveri pancartes
Image d’illustration

Les grilles de l’hôpital Jean Bouveri créent une frontière symbolique entre le lieu, chargé de soins et d’espoir, et cette foule de retraités, réunis avec une énergie presque palpable. Les foulards rouges de la CGT flottent sous la brise du matin, contrastant avec le gris austère des murs. Devant l’entrée, les pancartes s’élèvent haut, portant des messages clairs : « Des vies avant des profits », « Non au mépris des aînés ». Un mélange de colère et de solidarité transparaît dans chaque slogan scandé à l’unisson. Les voix, quoique abîmées par les années, résonnent puissamment contre les façades silencieuses, comme pour briser l’indifférence qui semble peser sur leur cause.

Dans cette ambiance de combat, la solidarité se manifeste à chaque instant. Certains partagent des gobelets de café, tandis que d’autres déposent une main rassurante sur une épaule voisine. Marie, vieille ouvrière textile, s’appuie avec détermination sur son déambulateur. « Nos vies comptent, même à la retraite », lâche-t-elle en serrant les dents, son regard planté dans celui d’un passant qui s’est arrêté pour les écouter. Ce dernier acquiesce, presque gêné par la puissance de ses mots. À quelques mètres de là, un groupe distribue des tracts, détaillant les revendications : maintien des pensions, dignité retrouvée, et sauvegarde d’un système de santé accessible. Un mot revient sans cesse : justice.

Les interactions avec les passants, bien qu’éphémères, donnent une autre couleur au rassemblement. Certains baissent la vitre de leur voiture pour adresser un signe de solidarité, d’autres klaxonnent à contretemps des chants militants, comme pour marquer leur soutien. « On ne leur demande pas de nous rejoindre », souffle Jean-Pierre, ancien mineur. « Juste qu’ils se souviennent que ce qui nous frappe aujourd’hui, les touchera demain. » Ses paroles s’accompagnent d’un silence, lourd de vérité, avant que la foule ne reprenne de plus belle ses slogans, presque en écho à sa déclaration.

Les agents de sécurité, postés non loin, observent calmement. Pas de confrontation directe, mais une tension imperceptible flotte dans l’air, une anticipation tacite d’un moment où tout pourrait basculer. Pourtant, la patience et la résilience dominent. La force de cette mobilisation ne s’exprime pas dans l’affrontement mais dans l’unité qui en émane. Mot après mot, regard après regard, ces retraités affirment leur volonté de ne pas être oubliés.

Au centre de cette scène, ce qui frappe surtout, c’est le sentiment d’appartenance. Les visages, marqués par les années et les combats passés, affichent une même expression : celle de l’indignation mêlée à la fierté. Et tandis que les banderoles claquent sous le vent, un message s’imprime dans l’esprit de tous : ces vies déboutées exigent d’être reconnues, et elles ne lâcheront rien.

Un cortège sous le signe de la colère et de la dignité

Les drapeaux rouges de la CGT flottent, portés par un vent frais qui semble à la fois vivifiant et chargé d’une émotion lourde. Le cortège avance. Lentement, mais avec une détermination sans faille, la centaine de manifestants emboîte le pas en direction de la mairie de Montceau-les-Mines. Les visages sont tendus, empreints de gravité, mais il y a dans chaque regard, dans chaque enjambée, une solidarité profondément ancrée. Les retraités, venus dénoncer les injustices qui s’accumulent, forment une chaîne humaine, une force silencieuse qui gronde sous les slogans entonnés en chœur.

Jean-Pierre, une pancarte solidement tenue entre ses mains calleuses, s’arrête brusquement pour ajuster son foulard. “Ils pensent qu’on ne compte plus, mais on est là, on porte encore nos souvenirs de vie à bout de bras,” confie-t-il à une jeune femme qui marche à ses côtés, attentive et visiblement émue. Marie le rejoint, son déambulateur grincant légèrement sur les pavés irréguliers. “Nous avons tellement donné, et aujourd’hui, ils osent dire que le passé ne suffit pas pour mériter une retraite digne, ni une fin de vie en sécurité. On a assez subi l’humiliation”, ajoute-t-elle avec force, sa voix chevrotante marquant la profondeur de sa peine.

« On nous a volé tellement d’années, mais ils ne voleront pas cette journée ! Pas notre droit de marcher pour exister ! »

Les échanges ne s’arrêtent jamais vraiment. Ici, une poignée de main furtive entre deux anciens collègues qui ne s’étaient pas vus depuis des années. Là, un rapide hochement de tête entendu, une tape sur l’épaule pour passer le flambeau d’une gorgée de café encore chaud. Le long des trottoirs, des habitants s’arrêtent pour observer. Certains s’engagent timidement dans une conversation rapide, d’autres klaxonnent en soutien, leurs visages éclairés par des sourires encourageants. Un passant glisse une bouteille d’eau à un manifestant âgé, accompagné d’un discret “Courage à vous, on est avec vous.” Ces petits gestes, presque invisibles, enveloppent le cortège d’un souffle inattendu mais vital.

Le bruit des semelles usées heurtant le sol rythme l’avancée du groupe. L’atmosphère s’alourdit à mesure que les rues grises de Montceau s’ouvrent devant eux. Près d’un carrefour, la rumeur d’un chant éclate. “C’est pour nos vies, c’est pour demain !” reprend la foule, scellant dans ces mots un mélange de douleur et d’espoir. Les slogans, scandés de toutes parts, se mêlent au son lointain des moteurs de voiture et à l’écho d’un mégaphone tenu par un membre du syndicat. Malgré la fatigue visible sur les visages, personne ne baisse les bras. C’est comme si marcher ensemble, ici, avait quelque chose de presque sacré.

À mesure que le cortège approche de la mairie, une pluie fine commence à tomber. Les visages marqués par les ans se redressent pour défier ce ciel morose. “On nous a volé tellement d’années, mais ils ne voleront pas cette journée ! Pas notre droit de marcher pour exister !” s’exclame Jean-Pierre, levant son poing ferme. Les regards se croisent ; lueur de défiance ou de reconnaissance silencieuse, il est difficile de savoir. Une certitude cependant flotte au-dessus de ces âmes rassemblées : marcher ensemble, c’est refuser de se taire face à l’oubli qui les menace.

Bon à savoir

Je vous recommande de suivre les actions de la CGT Multipro et du Codef, qui organisent des mobilisations régulières pour défendre les droits des seniors. Si vous souhaitez participer ou relayer une difficulté, contactez-les directement.

*Les personnes interrogées ont souhaité conserver l’anonymat.

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