Valence, au petit matin : dans une ruelle où flottent une odeur d’orange et d’herbe humide, Jean resserre les lanières de son sac à dos. À ses côtés, Nadia lève les yeux vers le ciel blanchi sur les collines d’oliviers. Pas un bruit, si ce n’est le pas lourd de quelques locaux, la rumeur d’un marché qui s’agite déjà. Jean a quitté Lyon parce qu’il rêvait de ce calme. Ici, la retraite a le goût de l’aventure quotidienne. Mais derrière la carte postale, chaque matin lui rappelle ce saut dans l’inconnu : comment se faire accepter, comprendre les codes, vivre sans le bruit rassurant des siens ?
Sur le terrain, entre rires et doutes

Quelques kilomètres plus loin, le sentier ondule entre champs dorés et vues sur la Méditerranée. On entend passer un bus scolaire, puis tout s’efface sous les trilles capricieux des cigales. Nadia s’arrête souvent : « Je ne pensais pas devoir recommencer ma vie à 65 ans !» Elle sourit, mais la fatigue pointe. Pour chaque sourire reçu au marché, combien de regards perdus ou de mots d’espagnol hésitants ? Il y a la joie des marchés colorés, les blagues partagées sur une colline, et ce pincement chaque fois qu’un café plein à craquer semble soudain loin de la France.
Des groupes de retraités s’invitent mutuellement à marcher, à goûter les fruits du pays, à raconter leurs histoires. Mais tout n’a rien d’évident. Jacques, ancien ingénieur, raconte :
« J’ai mis des semaines à comprendre que derrière chaque sourire, il y avait une vraie attente : apprendre la langue, respecter les coutumes, se montrer patient, insister. »
Parfois, la rando se transforme en quête d’appartenance.
L’envers du décor, ou le prix du bonheur

Les paysages coupent le souffle : dunes au nord, montagnes écrasées de soleil au sud, villages blancs où l’on se croirait dans un film ancien. Mais tous n’ont pas droit à la même douceur. Un café à 1,50 € à Alicante, mais à Madrid, les loyers s’envolent. Jacques souligne : « Dans la montagne, tout reste simple, mais à Barcelone… c’est un autre monde. » Ce contraste, chacun le ressent. Certains s’exilent pour préserver leur budget, d’autres espèrent pouvoir rester en ville pour garder un pied dans la vie culturelle.
Le système de santé rassure autant qu’il peut angoisser : trouver un généraliste qui parle votre langue, se repérer dans les démarches, éviter les files d’attenterien n’est jamais totalement acquis. Nadia soupire : « Chez moi, tout était plus lent, mais on comprenait tout de suite… Ici, je redécouvre le mot patience. »
Rencontres, petites victoires et vraies injustices
Pas un jour sans croiser Paul, qui traîne au café du coin depuis six mois. Son astuce ? Offrir des oranges du marché à ses voisins : « Ce n’est pas grand-chose, mais c’est ma façon d’ouvrir la discussion. » À force de rituels, chacun bâtit à son rythme un ancrage dans cette « autre » vie.
Mais intégrer, ce n’est pas effacer l’arrachement. Marie-Claire s’est mise à la randonnée à 72 ans : « Je ne connaissais rien à leur danse, mais la voisine m’a prêté une mantilla, ils nous font une place. Ce n’est pas sans effort… Parfois j’ai voulu repartir. » Les kilomètres sous le soleil font plus que dérouler le paysage : ils déroulent aussi les doutes, la nostalgie. Et pourtant, chaque sourire, chaque victoire quotidienne, vient panser l’injustice du déracinement.
Des paysages pour se reconstruire
Beaucoup disent marcher pour oublier. Mais dans chaque pas, il y a aussi la construction d’une nouvelle routine : apprendre la langue, échanger une recette, caresser un chien dans la rue, se perdre puis retrouver son chemin. Les visages changent, mais partout, l’envie de lien persiste. À la sortie du club de randonnée, Enrique marmonne en rigolant : « L’Espagne, ce n’est pas la France : ici, on marche moins vite, mais on s’arrête plus souvent pour parler ! »
La vraie réussite, elle est dans ces scènes modestes : un café partagé après l’effort, une pause devant un olivier centenaire, la promesse d’un dîner, le goût d’une tomate achetée au marché. Rien d’exotique, juste la possibilité, enfin, de ralentir et de se sentirpresquechez soi.
L’Espagne offre aux retraités randonneurs un décor de vie rêvé, mais le chemin vers la sérénité demande courage et patience, bien plus qu’une valise bouclée et un billet de train. Ces histoires d’intégration, d’attache, de petites injustices et de moments d’émerveillement touchent autant ceux qui rêvent d’ailleurs que ceux qui hésitent à franchir le pas. Avez-vous, vous aussi, ressenti ce mélange d’excitation et d’inquiétude lors d’un changement de vie ? Partagez votre expérience, ou faites lire cet article à vos proches en pleine réflexion.



19 réponses
Bjr !
Article très intéressant et rédigé de façon sensible et intelligente. En tant que jeunes retraités, nous sommes tiraillés entre cette envie de partir, se déraciner, l’Espagne est une destination qui nous attire. Nous parcourons le pays depuis plus de 40 ans et nous avons la chance de pratiquer la langue. Malgré cela, nous avons du mal à franchir le pas, choisir un endroit où poser nos valises, partir de façon définitive ou garder un pied à terre dans notre lieu d’origine ??? Autant d’interrogations qui nous font toujours hésiter… Tout quitter, malgré la famille (enfants, petits-enfants), les amis…
Pourtant, nous connaissons bien le pays, nous en aimons les gens, le climat, la beauté de certains paysages, la douceur de vivre, etc
A méditer…
Bonjour Christian,
Je viens de lire votre commentaire et je souhaitais reagir car je vomprends tout a faut votre hésitation.
Je vis à Javea depuis 10 ans et je ne suis pas retraitée. La barriere de la langue peut vite être dépassée. La mairie offre des cours d’espagnol pour 150 euros l’année à raison de deux cours de 2h par semaine… j’y suis allée deux ans . Pour y avoir rencontrer beaucoup de retraités français, je me suis aperçue que beaucoup d’entre eux avaient gardé un pied-à-terre en France soit de maniere temporaire ou définitive. Pour se garder une issue de secours, au cas où… et peut-être aussi pour garder le systeme de santé français dans ce cas, ils font 6 mois/6 mois qui peut-être une bonne option dans un premier temps. La zone où je vis est touristique donc il est facile de louer des logements en longue durée de 3 mois à 9 mois, hors periode estivale, ce qui permet de franchir le pas sans tout quitter. Il est plus difficile mais pas impossible, de trouver des locations à l’année.. n’oubliez pas que quelque soit la demarche administrative que vous ferrez, ouverture de compte bancaire, louer un logement, rdv medicaux etc, ils vous demanderont votre NIE, c’est vraiment la premiere etape à realiser auprès du consulat avant de partir.
Voila, je vous souhaite bonne chance dans votre projet et joyeuses fêtes !
Bonjour,
Retraité de 70 ans lorsque j’étais en France je n’aimais pas les mois en “bre”.
Octobre, Novembre Décembre. Le manque de soleil Voilà la raison principale.
Je me suis installé à Agadir.
Je propose des randonnées au sein de l’UFE association des Français de l’étranger environ 900 membres à Agadir. J’en ai marre des cailloux, de la poussière, de la sécheresse.
On peut pas avoir le soleil toute l’année et des prairies vertes…
Aller vivre au soleil dans un pays étranger c’est accepter de ne pas être tout à fait chez soi.
Chez moi c’est ma vallée en Savoie ou j’ai passé mon enfance et ma jeunesse.
Un pied en France, un pied au Maroc. C’est le destin des expatriés de faire des aller retour, d’etre déchiré.
Pour savoir si vous avez fait le bon choix c’est assez simple:
Si vous êtes content lorsque vous prenez l’avion pour la France et si vous êtes content lorsque vous prenez l’avion pour rentrer chez vous. Pas de doutes possibles vous avez fait le bon choix.
Un vol d’Agadir vers Lyon signifie la fin des vacances pour la plupart des passagers, pour moi c’est le début….
Hamdoullilah on va pas se plaindre comme un Français moyen…
Je suis belge retraité en Andalousie depuis 2 ans et demi et je n’ai aucun problème. Un an d’école de langue et puis parler avec les gens. Les andalous sont très accueillants mais il faut un minimum d’effort. Parler espagnol me paraît une évidence du j’ai décidé d’y vivre.
J’ai malheureusement croisé un français ici qui m’a dit textuellement “Je paye donc ils n’ont qu’à parler français”. Croyez vous que ça se passe autrement pour un étranger qui vient vivre en France ? Un pays où trouver un bilingue est un exploit. Les andalous sont hyper accueillants, sympas, ouverts et fiers de leur culture et de leur histoire qui n’a rien à envoyer à personne. Donc il faut s’adapter. Comme partout. Dernière chose, ici il est normal de dire bonjour à des inconnus dans la rue. En France, on vous regarde comment si vous le faites ?
Vous avez tt à fait raison ….Le français partout où il va se croit en pays conquerant et ne s’adapte pas souvent. Triste réalité. Il vaut mieux qu il retourne dans son pays ce frenchie
Exactement, bien dit et bien vrai, en faite, les français veulent toujours des autres ce qu’eux ne donnent pas, ils veulent toujours que l’on aille ailleurs ou que les autres viennent ici, c’est toujours aux autres de parler français. Ils sont si ouverts et accueillants eux !😁
Comment faire une randonnée organisée…
Je suis Espagnole et vie en France, j’ai aussi ressenti cela, mais en plus dur car moi je suis arrivée comme immigrée, pas par choix, mais par obligations dans les années 60. Et que pourrait on dire maintenant des immigrés et réfugiés qui arrivent eux c’est encore pire, alors on n’a pas trop le droit de se plaindre quand on a choisi de vivre ailleurs et surtout en Espagne où la vie est plus douce….
E
Vous avez tout à fait raison. Quand vous êtes arrivée comme immigrée vous deviez vous battre pour survivre. Les retraités qui veulent passer leur retraite dans un autre pays doivent au minimum apprendre la langue. Ce n’est pas aux habitants du pays d’apprendre le français mais aux nouveaux venus de s’intégrer. Et ils doivent se rappeler qu’ils ont eu le privilège de choisir, ce qui n’était pas le cas des immigrés et n’est pas le cas des réfugiés
Très important d’apprendre la langue. Très important pour s’intégrer.Oser parler, même avec des fautes, les conjugaisons ne sont pas évident.
Il y a des cours d’espagnol pour étranger gratuit.
Je ne peux pas imaginer m’établir dans un pays sans pouvoir me débrouiller dans la langue officielle de ce pays. S’y installer pour la qualité de la vie et du climat sans s’intéresser à la culture du pays et sans avoir la capacité d’établir des liens avec ses voisins me semble incompatible avec une vie de qualité. L’espagnol n’est pas si difficile à apprendre quand on parle français. Les efforts déployés seront appréciés par vos nouveaux concitoyens et l’apprentissage de cette nouvelle langue donnera une protection contre le déclin de votre cerveau.😉
Quand on change de pays et de langue c’est difficile pout tout le monde et à n’importe quel age!
Je suis arrivée à Lausanne à 14 ans et 2 mois après je voulais repartir….celà fait 55 ans maintenant et je ne quiterai ce pays pour rien au monde!
J’y ai ma famille, ma maison de nouvelles racines….c’est ici mon pays maintenant et je l’aime!
Nous avons acheté un appartement il y a maintenant 10 ans simplement pour faire des poses très agréables. Le Covid est arrivé et nous l’avons passé en Espagne bien à l’abri. Et là tout a changé le respect de l’autre la sécurité toujours présente la douceur de vivre les ennuis qui s’éloignent. L’éloignement ? Mais les enfants ont leur vie bien remplie et pas toujours le temps pour nous. Nous avons fait un choix tous ensemble plutôt que de partager un repas de temps en temps nous faisons des break . Ils viennent 4 ou 5 jours en avion et je peux vous dire qu’ils en profitent !! La fois suivante c’est nous qui prenons l’avion si le séjour ne dépasse pas 10 jours .
En été nous rentrons il fait trop chaud et il y a les touristes pas la meilleure période . Un problème la voiture est toujours prête . Et je peux vous dire que les relations sont plus sereines plus fortes
Parlez Espagnol ? Quand je vois tous ces étrangers heureux de vivre ici et qui ne parle pas un mot d’Espagol depuis plus De 20 ans pour certains principalement les Anglais qui vivent beaucoup en communauté les allemands également.
Bien sûr il y a des exceptions .
Alors nous parlons très mal … mais nous parlons…. J’ai toujours fait l’effort j’ai appris sur le tas et nous avons la chance d’avoir des Espagnols conciliants autour de nous qui apprécient nos efforts.
Mon mari est plus littéraire donc il apprend méthodiquement. Mais chut ! C’est moi qui comprends le mieux !!
Le médical est très très bien organisé aucun problème . Et en cas de pathologie importante vous serez pris en charge ou rentrer en France à tout moment .
Bien sûr tout n’est pas parfait un certaine nonchalance les travaux oui on vient demain ou plus tard !!
L’esprit familial est très développé ils sont charmants mais vous inviterons rarement ce sont les rois des restaurants ils vivent dehors en toutes saisons les enfants sont rois bruyants.
Les espagnols d’un niveau social plus élevés sont différents car ils connaissent d’autres manières de vivre d’autre pays d’autre cultures. Vous serez reçus et même très bien avec des relations plus proches .
J’ai trouvé ici la paix la tranquillité la sécurité la police tourne tout le temps tres efficace et surtout très respectée personne ne s’aviserait de les provoquer….
Alors oui c’est une forme de grand bonheur de vivre ici tout en retournant en France régulièrement.
Et nous n’avons aucunement l’intention de changer ce mode de vie. Bonne chance à tous
S
Bonjour,
En lisant vos commentaires je valide complètement vos dires sur l’Espagne.
Je souhaite depuis quelques temps m’y installer car je vais en Espagne depuis une vingtaine d’années où mon grand père est originaire.
J’aimerais trouver une petite location alors je me dis souvent “prends l’avion, va prospecter, bouge, les années passent vite”
Il faut que je saute le pas.
À tous ceux qui l’on déjà fait, vous avez fait un bon choix. Profitez de cette douceur de Vie et de la gentillesse des gens.
Line a raison. Nous avons commencé une nouvelle vie en Espagne, à presque 80 ans. En Aragon, une merveille , nous regrettons de ne pas l’avoir fait plus tôt, après 40 ans en France.
Les relations sont plus chaleureuses, très bien accueillis même si notre espagnol laisse à désirer.
Point important, faire les démarches administratives avant de quitter la France, sinon c’est plus compliqué. Le système de santé marche très bien.
Je recommande l’Espagne. J’ai vécu dans plusieurs pays, ici, le contact humain est le meilleur.
Super tout ce que je viens de lire.. Je suis rétraité, en France.. Ça fait longtemps que je veux partir en Espagne.. Pour les relations humaines normales,.. J’ai toujours dis et pensé que les espagnols sont ouverts, généreux, sympathiques
Je partage totalement ton ressenti, Henri : l’Espagne, c’est souvent la chaleur humaine en bandoulière ! J’ai aussi constaté que l’accueil est réel… et qu’un brin de patience pour décoder les petits gestes du quotidien aide à profiter à fond de cette générosité. Peut-être que la première orange offerte t’ouvrira plus de portes qu’un cours de flamenco accéléré !
Bonjour et merci pour cet article bien rédigé et les commentaires instructifs et bienveillants.
J’envisage de partir vivre en Espagne dans 2/3 ans, j’ai besoin de vivre dans une ville pas trop grande au bord de la mer avec une vie culturelle (concerts, musique, possibilité de jouer avec d’autres musiciens), où on peut se déplacer facilement en transport en commun et en vélo et la nature pas trop loin pour pouvoir randonner,
Avez vous des recommandations d’endroit chaleureux et pas trop envahi ?
Précisons que je parle un peu espagnol et que je comprends quasiment tout.
Merci
Stan, tu as le profil idéal pour t’intégrer côté musique ! Pour équilibrer mer, culture et nature, pense à Valence, Malaga ou Cadix : pas trop grandes, vibrantes côté concerts et assez bien desservies en transports. Si tu veux encore moins de touristes, Gijón en Asturies ou Sitges près de Barcelone sont des pépites plus confidentielles. Pour les rencontres musicales, les groupes Facebook « Musiciens en Espagne » sont une vraie mine d’alliances locales !