Lorsque l’inflation grignote les économies patiemment mises de côté, il y a urgence à trouver des réponses concrètes. J’ai rencontré Claire Meunier, conseillère sociale et spécialiste de l’épargne des seniors, qui accompagne au quotidien des familles cherchant à préserver ce qu’elles ont construit. Son témoignage brise bien des tabous autour du Livret A et dévoile comment un placement longtemps ignoré peut aujourd’hui transformer la donne.
Interview de Claire Meunier, spécialiste de l’épargne et de l’accompagnement familial

Vous accompagnez de nombreux seniors et aidants familiaux : pourquoi le Livret A ne fait-il plus figure de « bouclier » aujourd’hui ?
Sur le terrain, je rencontre beaucoup de familles qui pensaient avoir sécurisé leur avenir en gardant leurs économies sur un Livret A. Pourtant, ces derniers mois, je vois de la frustration, parfois de la colère : avec un taux passé à 1,5 % et une inflation autour de 3 %, leur argent perd de la valeur chaque année. Ce décalage crée un vrai sentiment d’injustice, surtout chez les personnes qui ont travaillé toute une vie et qui voudraient juste protéger le fruit de leur labeur.
Concrètement, à qui ce recul du Livret A porte-t-il le plus préjudice ?
Ce sont d’abord les personnes les plus prudentes : petits épargnants, retraités, veufs ou personnes fragilisées qui, parfois, n’osent pas s’aventurer vers d’autres placements. Beaucoup ont une petite épargne d’appoint qui servait de matelas pour un imprévu ou un coup dur. Aujourd’hui, ils se sentent piégés, avec un livret dont le rendement ne couvre même pas le coût de la hausse des courses ou de l’énergie.
« Jusqu’à cette année, ma mère gardait ses économies sur son Livret A. Maintenant, elle s’inquiète chaque fois qu’elle fait ses courses. On a dû tout remettre à plat. »
Le Livret d’Épargne Populaire (LEP) commence à faire parler de lui. Pourquoi ce produit, si discret pendant des années, devient-il incontournable en 2026 ?
Le LEP est resté trop longtemps dans l’ombre et c’est dommage : son taux d’intérêt culmine actuellement à 2,7 %, soit presque le double du Livret A, avec un vrai effet sur la protection du pouvoir d’achat. Ce placement est totalement garanti par l’État, les intérêts sont nets d’impôt, et l’accès a été élargi à 19 millions de foyers en 2026 grâce à un relèvement des seuils de revenus.
Bon à savoir
Je vous recommande de vérifier votre avis d’imposition : dès 2026, une personne seule ayant un revenu fiscal de référence inférieur à 23 052 € peut ouvrir un LEP. Les couples avec enfants y accèdent également plus facilement grâce à l’élargissement des seuils.
Du côté des démarches, faut-il s’attendre à un parcours du combattant ou à des surprises ?
Heureusement, tout a été simplifié ! Votre banque peut vérifier votre éligibilité en temps réel grâce au croisement automatisé avec les impôts. Beaucoup de familles croient devoir fournir une tonne de papiers, alors qu’en pratique, une simple vérification suffit dans la majorité des cas.
Le LEP a aussi ses limites. Quelles solutions si le plafond de 10 000 € est trop vite atteint ?
Pour celles et ceux dont l’épargne dépasse ce plafond, le LEP devient le socle, garantissant une première couche de sécurité. Au-delà, je conseille d’explorer l’assurance-vie pour compléter, notamment avec des fonds euros ou pour celles et ceux qui acceptent une part de risque, des supports mieux rémunérés sur le long terme. Le tout, en restant accompagné, afin d’éviter les déconvenues.
Bon à savoir
Je vous recommande de surveiller vos revenus fiscaux chaque année. Si vous dépassez les plafonds deux années de suite, le LEP sera fermé automatiquement. Restez vigilant et consultez un conseiller si nécessaire.
En quoi ce changement de cap pour l’épargne touche-t-il les familles dont un membre est âgé ou fragile ?
L’argent n’a jamais été tabou dans les familles touchées par la maladie ou la perte d’autonomie. Mais la peur de mal faire, ou celle de déranger son parent, reste tenace. J’encourage systématiquement à ouvrir la discussion, à informer et à accompagner dans le choix du support d’épargne le plus protecteur. Ce dialogue, parfois difficile, permet de rassurer tout le monde et d’éviter de mauvaises surprises financières, notamment au moment d’un déménagement ou lors de l’entrée en établissement.
Pour les aidants familiaux qui gèrent les finances d’un proche âgé, par où commencer ?
La première étape, c’est l’inventaire : où est placée l’épargne, combien reste-t-il, et le placement actuel couvre-t-il vraiment les besoins futurs ? Si le Livret A dort, il est grand temps de vérifier l’éligibilité au LEP et de réallouer, si besoin, sans attendre l’urgence. S’entourer d’un conseiller spécialisé allié à la famille, c’est aussi gagner en tranquillité d’esprit.
« Le jour où mon père a dû rentrer en EHPAD, chaque euro comptait. Sans ce coup de pouce de la banque pour ouvrir un LEP, j’aurais vécu des nuits blanches. Je ne le souhaite à personne. »
Vous accompagnez les familles dans les moments de bascule, comme un déménagement ou une entrée en établissement : un dernier conseil ?
Ne sous-estimez pas le pouvoir du dialogue. Parler argent, c’est souvent aussi parler d’avenir, de sécurité, de sérénité. Prendre le temps, s’informer sur les nouveaux placements, profiter de l’automatisation des démarches : ce sont de petits efforts, pour une grande différence. Et n’ayez pas honte de demander de l’aide, la complexité des démarches n’est pas une fatalité.
Bon à savoir
Je vous recommande de considérer le LEP comme un filet de sécurité. L’épargne reste disponible à tout moment, protégée par l’État, et accessible sans fiscalité. Idéal pour les imprévus.
Vous l’avez vécu ou accompagné un proche dans cette transition ? Une question ?
De plus en plus de familles s’interrogent et osent sortir des sentiers battus pour protéger leur épargne. Et vous, qu’avez-vous mis en place ? Vos proches ont-ils été surpris par les évolutions récentes du Livret A ? N’hésitez pas à partager votre expérience ou vos conseils en commentaire pour aider d’autres aidants ou seniors hésitants ! Cette info vous semble utile ? Partagez-la autour de vous ça peut changer la vie d’une personne fragilisée.


