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“On ne peut plus se permettre une blanquette de veau” : l’enquête de l’UFC-Que Choisir dévoile une flambée de 12 % en un an

Famille cuisine blanquette de veau ticket
Sommaire

Chez Monique, 74 ans, cuisiner une blanquette pour ses petits-enfants faisait partie des joies simples. Mais ce début 2025, tout a changé : à la boucherie comme au supermarché, le ticket s’allonge. L’UFC-Que Choisir vient de confirmer ce que beaucoup ressentaient sans oser l’avouer : la viande de veau, longtemps synonyme de convivialité accessible, est en train de sortir des assiettes familliales. Que s’est-il passé ?

Au cœur de l’envolée : un malaise agricole qui s’aggrave

Derrière les prix qui grimpent, ce sont des pans entiers de la filière bovine qui vacillent. Entre 2016 et 2024, la France a perdu plus d’un million de vaches, faute de succession ou à cause de crises sanitaires à répétition. Chaque départ d’éleveur laisse un vide souvent impossible à combler. « Mon père aurait voulu transmettre la ferme, mais mon frère et moi, on n’a pas pu. Trop de contraintes, et la rémunération ne suit pas », partage David*, fils d’éleveur retraité.

Ce retrait progressif entraîne une tension sur l’offre de viande, aggravée par des épidémies comme la dermatose nodulaire en fin 2025 ou les sécheresses. Conséquence directe : le veau se fait rare, et devient vite un produit de luxe, même pour les familles modestes cherchant à fuir la hausse du bœuf.

Des chiffres qui parlent : +12 % sur le veau en 2025

L’UFC-Que Choisir s’est appuyée sur plus de 5 500 points de vente pour dresser le constat : en moyenne, la viande de veau a bondi de 12 % en un an. Les escalopes flirtent avec les 30 € le kilo, selon l’Insee, alors que le bœuf augmente lui aussi (+10 %). Le marché français, historiquement exportateur, doit maintenant importer toujours plus 360 000 tonnes par an ouvrant la voie à des viandes venues d’Irlande ou du Brésil, avec des coûts logistiques et des normes variables qui risquent d’inquiéter.

« Aujourd’hui, même pour un plat du dimanche, il faut faire des choix. On se rabat sur le poulet, mais ce n’est pas pareil… » confie Claudine*, aidante familiale à Marseille.

Derrière l’étiquette : la loi, les importations… et les impasses

Voulue pour mieux rémunérer les agriculteurs, la loi Egalim 2 a finalement accentué la pression sur les prix sans résoudre la crise. Les hausses ne s’arrêtent ni à la ferme ni à la grande surface. Résultat : pour les supermarchés, maintien des marges ; pour les éleveurs, survie précaire ; et pour les familles, sensation d’être mises au pied du mur. L’arrivée massive de viandes étrangères, souvent moins contrôlées, ajoute à la défiance et attise le sentiment d’impasse.

Les institutions peinent à proposer des mesures qui soulagent vraiment les ménages. “Plusieurs de mes clients réduisent la quantité de viande dans leur panier. Certains ne prennent qu’une escalope pour deux”, explique Nadine*, bouchère dans une petite ville du Pas-de-Calais.

Manger du veau : un luxe qui bouleverse les familles

Au-delà des étiquettes, ce sont les habitudes et les liens qui se distendent. Les plats mijotés de l’enfance deviennent occasionnels, quand ils ne sont pas tout simplement supprimés. Dans certains foyers, remplacer les protéines animales par des œufs ou des légumineuses n’est plus un choix, mais une nécessité.

Les enfants de seniors, souvent déjà submergés par les démarches administratives, voient leurs parents renoncer à des petits plaisirs du quotidien, pour des raisons strictement budgétaires. Et dans les EHPAD ou à l’école, la qualité et la variété de la viande servie sont directement touchées.

Failles, responsabilités… et alternatives insuffisantes

Plus personne ne se sent vraiment responsable, mais tous subissent : éleveurs découragés, distributeurs centrés sur les marges, politiques en retard sur la réalité du terrain. Pendant ce temps, la transition générationnelle reste un vœu pieux et le recours à la viande d’importation, une solution temporaire qui fragilise tout l’écosystème français.

Certaines expérimentations locales ou innovations technologiques pointent à l’horizon, mais rien qui, à ce jour, ne vienne apaiser concrètement les familles. Pour la plupart, maintenir la place du veau dans la cuisine familiale relève désormais d’un arbitrage douloureux entre tradition, santé et réalité du porte-monnaie.

La flambée du prix du veau n’est ni un simple fait divers économique, ni une fatalité. Les familles françaises se retrouvent face à un choix impossible qui touche autant l’assiette que la mémoire collective. Beaucoup espèrent encore un sursaut des décideurs, mais cette réalité s’installera-t-elle durablement ? Votre expérience face à cette hausse des prix rejoint-elle ces constats ? Que proposez-vous pour défendre un accès équitable à une alimentation de qualité ? Vos témoignages comptent, partagez-les autour de vous !

*Les personnes interrogées ont souhaité conserver l’anonymat.

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