Jour après jour, le téléphone n’arrête pas de sonner au Samu. Entre les appels de familles dépassées et les consignes à improviser, Claire*, médecin régulatrice dans une grande métropole, partage en direct la réalité de la grève des médecins libéraux. Coup de projecteur sur une situation hors norme qui bouleverse l’accès aux soins et met à l’épreuve tous ceux qui accompagnent des personnes fragiles.
Entretien avec le Dr Claire*, urgentiste au Samu

La grève des médecins libéraux, comment l’avez-vous ressentie dès le premier jour ?
Le changement s’est fait sentir dès les premières heures. Le volume des appels a bondi, des personnes qui n’avaient plus de médecin traitant ou de rendez-vous en ville appelaient en urgence. Très vite, nos équipes ont compris que la semaine serait particulièrement difficile. « Nous avions l’impression d’entrer dans une course contre la montre », confie Claire*, le regard fatigué.
Quelles sont les principales conséquences pour les urgences et le Samu ?
Nous avons connu une augmentation de 30 à 50 % des appels. Les services sont déjà éprouvés par la grippe et les difficultés liées au manque de lits. Lorsque les cliniques privées ferment leurs blocs opératoires, tous les cas chirurgicaux se reportent sur l’hôpital public. Cela crée une situation de saturation totale : il n’est pas rare de voir des couloirs remplis de brancards ou des patients attendre plusieurs heures pour être pris en charge.
Comment cela se traduit-il pour les équipes médicales sur le terrain ?
On repousse nos limites chaque jour. La fatigue prend le dessus, les pauses sont de plus en plus courtes, le stress s’accumule. « Nous avons l’impression de courir un marathon sans fin. À peine un patient est stabilisé que deux autres se présentent », témoigne Claire*. L’épuisement physique s’accompagne d’un sentiment de frustration : voir des patients, parfois en détresse, attendre, c’est loin de notre vocation.
Quels facteurs aggravent encore la tension dans les services ?
En plus de la grève, nous faisons face à la grippe et aux accidents causés par la météo hivernale. Dernièrement, la neige et le verglas ont multiplié les fractures et traumatismes. Avec le manque chronique de lits et un personnel déjà réduit, chaque nouvelle urgence crée un effet boule de neige sur l’organisation. Les arrêts maladie chez les soignants se multiplient, ce qui renforce encore la pénurie, parfois jusqu’au bord de la rupture.
Quels sont les risques pour les patients et leurs familles ?
Les plus vulnérables sont souvent les plus exposés : les personnes âgées sans médecin attitré, les patients chroniques, les cas graves… Pour eux, chaque minute compte, et les délais d’attente qui s’allongent peuvent vraiment aggraver la situation. Pour les familles, attendre des heures sans information crée une tension émotionnelle forte, un stress constant. Parfois, il faut annuler des rendez-vous importants ou rester sur place à tout prix, ce qui désorganise le quotidien.
Des solutions concrètes existent-elles pour sortir de la crise ?
Nous espérons que des mesures seront prises rapidement. Il serait utile de reconnaître le Samu-SAS comme un véritable service public, avec des moyens humains et financiers adaptés. La réquisition de médecins remplaçants ou la mise en place de cellules de répartition des lits par les agences régionales de santé pourraient soulager la pression, notamment le soir et le week-end. Enfin, un dialogue entre tous les acteurs – médecine de ville, hôpitaux publics, pouvoirs publics – reste indispensable pour garantir un accès aux soins digne et sécurisé.
Face à ces défis, quel message adresser aux aidants et familles ?
Ne restez pas seuls dans l’adversité : parler à son pharmacien, maintenir le lien avec le médecin traitant, coordonner avec l’hôpital, tout soutien est précieux. Malgré la fatigue, nous sommes là pour essayer de trouver une solution à chaque cas. Plus que jamais, l’entraide et la compréhension sont nécessaires. « Même débordés, nous voulons rester humains, c’est notre engagement chaque jour », résume Claire*.
« Voir des patients attendre si longtemps, parfois dans des états graves, c’est profondément éprouvant. Cela va à l’encontre de notre vocation. »
Perspectives et enjeux

L’inquiétude grandit pour l’avenir : si aucune réforme n’est engagée, le risque de saturation systémique plane sur l’hiver prochain. La retraite accrue des praticiens, la pénurie d’attractivité des métiers de soin et l’absence de plan de crise adapté pourraient aggraver les tensions. Pour ceux qui vivent ces urgences au quotidien, comme pour les familles accompagnant des proches fragiles, tout répit ou geste solidaire devient une ressource précieuse.
Ce témoignage résonne, sans doute, avec le vécu de nombreuses familles, aidants ou soignants : la crise actuelle révèle les limites du système et l’urgence d’un dialogue. Avez-vous déjà été confronté à ces difficultés ? Comment vivez-vous la question de l’accès aux soins en période de crise ? N’hésitez pas à partager votre expérience, pour qu’ensemble, les solutions humaines gagnent du terrain.
Si ce témoignage vous parle, partagez-le autour de vous, à vos proches ou dans vos groupes d’entraide. Qui sait, la suite pourrait dépendre de votre mobilisation.
*Les personnes interrogées ont souhaité conserver l’anonymat.


